LOLA ET LES TRANSPORTS EN COMMUN

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Lola a 20 ans et elle vient me voir sur les conseils de sa mère. En effet, cette jeune fille, depuis presque 3 ans, ne prend plus le métro seule, pas plus que le train ou encore moins l’avion : à l’avance, elle fait des crises d’angoisse.

Je la reçois en première séance, où elle m’explique qu’elle a déjà vu de nombreux psy, mais que cela n’a rien donné : elle a raconté sa vie, et voilà.

Depuis 3 ans, elle subit un stress un peu continuel et a vraiment du mal à prendre les transports en commun, quels qu’ils soient, sauf si elle est accompagnée de quelqu’un de confiance, de préférence appartenant à sa famille dont elle est très proche.

Il y a 3 ans, elle a eu une entorse cervicale, et n’a pas supporté de faire une IRM. Elle s’est sentie enfermée, a fait une crise de panique et n’a pas pu poursuivre son examen. Depuis, chaque fois qu’elle doit prendre l’ascenseur, le train, l’avion, bref quelque chose qu’elle ne maîtrise pas, elle se sent mal, elle a les mêmes symptômes : le cœur qui bat, les mains moites, des pensées sur l’enfermement. Cela lui arrive aussi dans les lieux bas de plafond,  dans des cages d’escalier sans fenêtre. Elle y pense avant même d’y être, et au final elle n’y va pas toute seule. Bien sûr, elle ne fait plus de réelle crise de panique puisqu’elle se débrouille pour ne pas être seule dans ces situations.

Malgré tout, elle souffre. Avant elle partait souvent en dehors de chez elle, pour des week-ends, à droite à gauche. Mais là, elle n’envisage même pas de partir quelques jours avec des amis, car elle sait qu’elle n’y arrivera pas et elle a peur de se trouver dans une situation qu’elle ne pourra pas maîtriser. Elle a maintenant du mal à quitter ses parents.

Que fait elle pour remédier à cela ? Et bien elle évite. Elle évite de prendre le métro, le tram, le train, toute seule. Si elle est accompagnée, ça passe. Mais sinon, c’est impossible. Si elle est obligée, par exemple de rentrer dans une certaine salle de cours qui ne lui plait pas (car elle est tout au fond d’un couloir), elle essaie de se raisonner, de respirer calmement, mais ses symptômes se manifestent. Dans ces cas là, elle compte sur ses amis, qui sont pour la plupart au courant et qui « l’aident ».  D’une manière générale, la formule « j’évite » marche plutôt bien ! Sauf que…

Sauf que l’an prochain, sa meilleure amie Clara sera à Madrid. Comment faire pour aller la voir toute seule ? Lola sait bien qu’elle ne peut pas continuer comme ça. A 20 ans, elle ne peut pas être toujours accompagnée. Décidément, cette phobie lui gâche la vie.

Je lui demande ce qui lui fait le plus peur : c’est de manquer d’air, d’être enfermée dans un lieu d’où elle ne peut pas sortir à sa guise. Ses parents la soutiennent, essaient de la comprendre, de la raisonner, sans la juger, et surtout de la rassurer (bien logiquement)  en lui disant : « tu sais, il ne va rien se passer ». Ce qui visiblement ne marche pas du tout, puisqu’ils doivent toujours l’accompagner partout.

J’ai expliqué à cette jeune fille qu’en évitant sa peur elle générait une angoisse de plus en plus forte, et que par ailleurs, plus elle demandait de l’aide (à ses parents, ses amis), plus elle s’envoyait le message qu’elle n’était pas capable. Et que s’il elle continuait ainsi, il viendrait un jour où elle serait incapable de sortir seule de chez elle. Comme c’est une jeune fille très fine et intelligente, elle a accepté mon aide pour traverser sa peur avec beaucoup de courage.

Après quelques exercices qui lui ont paru très difficiles au début, Lola a su apprivoiser cette peur, et a pu petit à petit, refaire les choses simples qu’elle ne faisait plus : prendre l’ascenseur toute seule, le tram… puis le métro. En décembre, elle a pu aller voir Clara à Madrid.

Elle sait maintenant, que si elle doit éviter quelque chose, c’est l’évitement.

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